ViacomCBS prévoit un film par semaine sur son service de streaming Paramount+

Le PDG de ViacomCBS souhaite améliorer l’offre de son service de streaming Paramount+ en tablant sur la sortie d’un nouveau film par semaine.

« Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de films à l’heure actuelle sur Paramount+ » déclare Bob Bakish, PDG de ViacomCBS, face aux analystes. La discussion se déroule dans le cadre de la publication des résultats financiers du groupe, au niveau des gains trimestriels générés sur le premier quart de l’année fiscale. Ayant dépassé les estimations de Wall Street via un revenu de 7,4 milliards de dollars au 31 Mars 2021, ViacomCBS souhaite redoubler d’efforts au niveau de son service-phare de streaming. Anciennement CBS All Access, le service s’est doté d’un format étendu à compter du 4 Mars 2021, sous le nom flambant neuf de Paramount+. Le nouveau titre souhaite hériter d’une forme de prestige et de reconnaissance attachés depuis des générations à Paramount Pictures, tout en gardant une structure nominale proche d’un Disney+ désormais gravé dans les esprits. Et c’est sur ce service que ViacomCBS compte placer de gros investissements.

Dans l’optique de rivaliser avec les efforts de toute la concurrence, notamment des deux leaders du marché que sont Netflix et Disney+, l’idée est d’avoir continuellement de la nouveauté à proposer aux abonnés, selon Bob Bakish. Un film par semaine, tel est l’objectif que se fixe le groupe pour garantir l’essor de Paramount+ sur le long terme. Dans ce groupe de nouveautés hebdomadaires vont figurer une douzaine de sorties cinématographiques qui attendent actuellement une diffusion en salles, des films tels que Sans un Bruit / A Quiet Place – Part II (John Krasinki). Ces projets vont connaître des périodes raccourcies de projection en cinéma (environ six semaines) avant de rejoindre Paramount+ en tant que « nouveauté de la semaine ». Les originaux hebdomadaires vont également inclure du contenu produit par des filiales telles que la chaîne Nickelodeon (Bob l’Éponge), le studio Awesomeness et MTV Entertainment.

Le contenu est roi. Telle est la règle d’or du streaming. À l’heure actuelle, la bibliothèque (« encore maigre » selon les termes du PDG) de Paramount+ est destinée à s’enrichir d’environ 1 000 films aux alentours de début Juin, et davantage en Juillet, afin d’atteindre la somme de 2 500 films durant l’été. Une telle quantité qui va notamment inclure des blockbusters populaires tels que The Avengers ou Skyfall, ViacomCBS ne rechignant pas à établir des contrats pour garnir son catalogue. C’est dans le cadre de ces grandes manoeuvres que le groupe a l’intention de démarrer sous peu une grande campagne marketing intitulée « Une montagne de films » afin d’attirer l’attention de tous. Un choix promotionnel dans la droite lignée de l’appellation du service, celui d’un studio de cinéma historique et de son logo d’introduction tout aussi mémorable pour des générations de consommateurs avides de films. Si aucune mise à disposition de Paramount+ n’a été officialisée dans nos contrées, la trajectoire opérée par Disney+ (et bientôt celle de HBO Max) laisse à penser que le service de ViacomCBS s’affichera tôt ou tard sur les écrans européens.

Sources : The Hollywood ReporterDeadline
Images Copyrights : ViacomCBS

Ryan Coogler (Black Panther) conclut un contrat de 5 ans pour Disney

Un contrat de 5 ans unissant Ryan Coogler à Disney l’amène à préparer une série Disney+ sur le Wakanda mais aussi d’autres projets à destination des plateformes du groupe.

Le triomphe mondial de Black Panther en 2018 était le signe d’une relation fructueuse à venir entre le cinéaste Ryan Coogler et The Walt Disney Company. Aujourd’hui, la presse hollywoodienne est en mesure de confirmer que l’auteur, réalisateur et producteur a signé un contrat d’exclusivité avec le groupe. Plus exactement, ce partenariat de 5 ans est établi entre The Walt Disney Company et la structure de production Proximity Media, gérée par Ryan Coogler avec sa femme Zinzi Coogler, mais aussi le producteur Sev Ohanian, le compositeur Ludwig Göransson, Archie Davis et le producteur Peter Nicks. Cette société multimédia a été assemblée dans le but de créer du contenu cinématographique, télévisé et musical qui puisse rassembler les gens autour de sujets et de thèmes souvent négligés ou survolés. Proximity Media se définit comme le porte-étendard d’une grande variété de projets avec toutes sortes de budgets.

Avec ce tout nouveau contrat, les forces créatives sous la bannière de Proximity Media sont désormais attelées à plusieurs tâches. Premièrement, le lancement sur Disney+ d’une série dramatique basée au Wakanda. Deuxièmement, l’élaboration de projets télévisés à destination de services rattachés à Disney. Troisièmement, le contrat implique également la participation de Ryan Coogler et Proximity Media dans les futures séries Marvel Studios sur Disney+. Aucun nom n’est évoqué, simplement qu’il s’agit de certaines d’entre elles.

« C’est un honneur d’être en partenariat avec The Walt Disney Company. Travailler avec eux sur Black Panther a été un rêve devenu réalité. En tant qu’avides consommateurs de télévision, nous ne pourrions être plus heureux à l’idée de lancer notre propre contenu avec Bob Iger, Dana Walden et tous les formidables studios sous l’égide de Disney. Nous avons hâte d’apprendre, de grandir et de tisser un lien avec les spectateurs du monde entier via les plateformes de Disney. Nous sommes tout particulièrement excités à l’idée de faire notre premier plongeon avec Kevin Feige, Louis D’Esposito, Victoria Alonso et leurs partenaires à Marvel Studios, en travaillant étroitement avec eux sur une sélection de séries MCU pour Disney+. Nous sommes déjà à l’oeuvre sur certains projets que nous avons hâte de dévoiler » annonce Ryan Coogler en porte-parole de Proximity Media. Rappelons que l’auteur-réalisateur est en pleine préparation de Black Panther 2, actuellement prévu pour le 8 Juillet 2022, et dont le tournage devrait à priori débuter au mois de Juillet 2021.

Sources : DeadlineThe Hollywood Reporter
Images Copyrights : Gage Skidmore (Ryan Coogler)

Netflix choisit la France pour tester la diffusion en direct

Netflix se lance dans un mode en « Direct » similaire aux chaînes hertziennes et choisit la France comme terrain de test.

Le géant du streaming et ses 195 millions d’abonnés peut se targuer d’avoir été l’un des principaux moteurs de la transition des habitudes de consommation vidéo. Mais Netflix tente aujourd’hui une approche pour le moins étonnante. Soucieuse d’une tranche de ses abonnés qui pourraient se décourager face à une montagne d’offres ou ne plus savoir quoi faire après avoir visionné leurs principaux centres d’intérêt, la plateforme pioche une idée du côté de la concurrence. Programmer à l’avance le contenu et le diffuser en direct, comme le ferait une chaîne hertzienne traditionnelle. Selon le principe, ce serait alors aux abonnés, s’ils le souhaitent, de se connecter pour voir « ce qui passe » en ce moment sur Netflix et, pourquoi pas, se laisser surprendre par des contenus auxquels ils n’auraient peut-être pas prêté attention autrement.

La fonction sobrement intitulée « Direct » vient d’être mise en place dans l’Hexagone, ce Jeudi 5 Novembre, mais uniquement à destination d’un groupe restreint d’utilisateurs pour le moment. Netflix a l’intention de rendre le service disponible à tous ses abonnés français d’ici au 2 Décembre 2020. Dès lors, chaque utilisateur pourra cliquer sur la fonction « Direct » affichée en haut à droite de la page d’accueil. S’affichera une page listant les contenus diffusés en direct par la plateforme, heure par heure et pour tous les jours de la semaine. La programmation est décidée en fonction d’une charte dressée par Netflix : en priorité, les programme originaux français de la plateforme (ex : Family Business). Ensuite, les programmes originaux européens (ex : La Casa de Papel). Et enfin, les programmes originaux internationaux, avec en priorité ceux qui sont le plus en vogue auprès des abonnés français. Les séries pourront notamment être diffusées par groupes de 2 à 5 épisodes, en fonction du format de la série concernée. Bien entendu, tout abonné sera libre de quitter la fonction « Direct » pour aller regarder la suite s’il le désire.

Netflix Direct France

Netflix justifie le choix du territoire français en tant que terrain de test international par les habitudes de consommation encore très présentes chez les téléspectateurs de l’Hexagone. « En France, où la consommation de TV traditionnelle est très populaire, de nombreux spectateurs aiment l’idée de programmation qui évite de devoir choisir ce qu’ils vont regarder.« . Si l’idée repose sur une étude de marché très probablement fondée, elle est contredite par une astérisque : la fonction Direct n’est disponible que via le site de Netflix, à travers l’explorateur internet. Autrement dit, cette nouveauté ne sera pas accessible sur l’application Netflix qu’utilisent les smartphones, les tablettes, les box internet, les consoles de jeu et les téléviseurs connectés.

Le problème qui pourrait éventuellement se poser est que nous avons affaire à une proposition qui s’oriente notablement vers une tranche démographique âgée, avec des habitudes de consommation très différentes d’une jeune génération. Or cette section plus âgée utilise probablement le service de streaming via une box internet ou un téléviseur connecté. Certainement pas via un ordinateur, outil de visionnage plutôt réservé à une portion de consommateurs plus jeune – et probablement plus orientée vers des visionnage ciblés. Si Netflix a lancé une initiative intéressante, il se pourrait que la cible de l’offre et l’accessibilité de cette offre soient en directe contradiction.

Source : NetflixVarietyLe Parisien
Images Copyrights : Netflix

Disney se focalise sur le streaming

The Walt Disney Company procède à une réorganisation dans les hautes strates de sa hiérarchie, au vu des pertes colossales engendrées par le COVID-19. Priorité est donnée à la production du streaming.

Sur décision du PDG Bob Chapek, un nouveau responsable a été nommé à la tête du département Media & Entertainement Distribution au sein de The Walt Disney Company. Son nom est Kareem Daniel, présent au sein du groupe depuis près d’une quinzaine d’années. Jadis à la tête des produits de consommation, des jeux et de l’édition, Kareem Daniel est dorénavant placé à la tête d’un service responsable des pertes & profits des affaires média & divertissement du groupe. Cette division supervise également les opérations, la distribution, les ventes, les données publicitaires et la technologie affiliée pour toutes les branches de Disney. Sans oublier la responsabilité des services de streaming affiliés à The Walt Disney Company.

Ce nouveau groupe Media and Entertainment Distribution sera alimenté en contenu provenant de ses trois branches : cinéma, divertissement télévisé et sports. Certes, la production sera répartie sur les différentes destinations traditionnelles, depuis les salles obscures jusqu’aux plateformes de streaming, mais priorité sera donnée aux services direct-au-consommateur. Cela concerne précisément Hulu, Disney+ et ESPN+. Premièrement, Alan Horn et Alan Bergman sont toujours en charge de Walt Disney Studios, Disney Animation, Pixar Animation et Marvel Studios (pour ne citer que les entités les plus importantes). Deuxièmement, Peter Rice est maintenu au poste de directeur du General Entertainment Content pour 20th Television et ABC Signature, entre autres. Troisièmement, la responsabilité de la programmation du contenu live et original en sports revient toujours à James Pitaro.

Bob Chapek, PDG, The Walt Disney Company
Bob Chapek, PDG, The Walt Disney Company

« Étant donné l’incroyable succès de Disney+ et de nos plans pour accélérer notre business direct-au-consommateur, nous positionnons stratégiquemennt notre Groupe afin de soutenir cette croissance de manière plus efficace et d’accroître notre valeur actionnariale » déclare le PDG Bob Chapek. « Gérer la création du contenu depuis la distribution nous permettra d’être plus souples et efficaces pour créer le contenu que nos clients désirent, et le leur livrer sous le format qu’ils préfèrent. Nos équipes créatives se focaliseront sur ce qu’elles savent faire de mieux – créer du contenu de qualité inégalée et basé sur nos franchises. Pendant ce temps, notre toute nouvelle équipe de distribution globale sera dédiée à l’approvisionnement et la monétisation de ce contenu sous l’angle le plus optimal possible à travers nos différentes plateformes, que l’on parle de Disney+ ou Hulu, mais aussi de ESPN+ et de Star, futur service de streaming international.« 

Un tel geste de la part de Bob Chapek et The Walt Disney Company s’inscrit dans une période où le groupe enchaîne les tuiles depuis l’invasion de la pandémie sur tous les secteurs de l’industrie. Les salles de cinéma sont fermées et les parcs d’attractions Disney sont clos, brièvement rouverts et refermés, en fonction des chutes, améliorations et rechutes sur les courbes d’infection du COVID-19. Le second quart de l’année fiscale a vu le groupe Disney perdre la somme colossale de 4,7 milliards de dollars – des conséquences qui se font ressentir du côté des licenciements économiques, 28 000 départs étant annoncés par le groupe durant le mois de Septembre 2020 au sein de sa division des parcs, expériences & produits.

La réorientation de The Walt Disney Company sur ses services de streaming sonne également comme une décision aussi logique qu’inévitable, à l’heure où Disney+ dépasse les 60 millions d’abonnés à l’aube de sa première année d’existence. Mais si la mise en ligne de la série The Mandalorian et de la version filmée du spectacle de Broadway Hamilton peuvent être brandis comme des étendards en première ligne, il n’en reste pas moins que la plateforme est en manque de contenu inédit et régulier. Alors que Netflix investit des milliards de dollars (en dettes) pour enchaîner nouveauté sur nouveauté, Disney+ doit bien souvent se contenter d’anciennes publications cinématographiques dont les fenêtres de sortie sont simplement arrivées à expiration. La saison 2 de The Mandalorian arrive enfin sur nos écrans, mais les productions des nombreuses séries de Marvel Studios (The Falcon and the Winter Soldier, Wandavision, etc) ont toutes été retardées, à tel point que la seconde pourrait bien être diffusée avant la première, contrairement à ce qui avait été prévu. Si le concept même de Disney+ est de pouvoir sécuriser une base d’abonnés constitués de cercles familiaux, le groupe ne peut se permettre de négliger tout un autre pan du public, avide de nouveautés.

Sources : The Hollywood ReporterVarietyDeadline
Images Copyrights : The Walt Disney Company

La docu-série Enslaved de Samuel L. Jackson vendue à 130 pays

Fremantle vient de vendre à 130 territoires la série documentaire de Samuel L. Jackson sur l’esclavagisme, après une diffusion sur Epix dès le 14 Septembre aux États-Unis.

Le projet du célèbre acteur Samuel L. Jackson a trouvé demeure auprès de 130 plateformes de diffusion à travers le monde. Enslaved, de son titre complet Enslaved : The Lost History of the Transatlantic Slave Trade, est une série documentaire en six épisodes qui revient sur 400 ans d’esclavagisme. Plus spécifiquement sur le trafic de millions d’esclaves noirs, mené par les marchands européens à destination du territoire américain. Le projet fait usage de technologies de plongée inédites afin d’étudier les fonds marins et de retrouver les épaves de navires esclavagistes qu’ils renferment, au sein des eaux territoriales du Royaume-Uni, des Caraïbes et de la Floride. Tout élément trouvé devient un objet d’enquête supplémentaire dans l’étude de cette période sombre de notre Histoire.

Enslaved est une co-production entre le Canada et le Royaume-Uni, qui réunit Associated Producers de Toronto et Cornelia Street Productions de Londres, en partenariat avec les chaînes CBC (Canadian Broadcasting Corporation) et Epix. À la proue du navire figurent Samuel L. Jackson et sa femme LaTanya Richardson Jackson, menant leur société de production télévisée UppiTV. L’acteur participe autant en guise de producteur exécutif sur le projet qu’en tant qu’intervenant, menant lui-même les six épisodes du documentaire aux côtés des historiens Afua Hirsch and Simcha Jacobovici. Ce dernier est le réalisateur de la série.

Parmi les ventes récemment conclues par Fremantle figurent bien sûr Histoire TV pour l’Hexagone, mais aussi History en Allemagne, Moviestar+ et RTVE en Espagne, HBO Portugal au Portugal, BBC Earth en Pologne, Discovery Film et Spektrum en Europe de l’Est, Cosmote en Grèce, BBC Persian pour la zone MENA (Middle East and North Africa, alias l’Afrique du Nord & le Moyen-Orient), National Geographic pour l’Amérique Latine, M-Net pour l’Afrique & l’Afrique du Sud, ou encore Cable & Wireless pour la zone des Caraïbes. Cette vente globale succède à un premier accord passé avec BBC Two en Angleterre pour une version du projet qui serait reformatée en quatre épisodes.

Sources : The Hollywood ReporterDeadline
Images Copyrights : Fremantle

Les détails sur les tarifs de Mulan sur Disney+ (cas particulier pour la France)

Contrairement aux 29,99$ soumis aux États-Unis, les territoires où Mulan sera mis à disposition sur Disney+ seront confrontés à un tarif moyen de 26$.

MISE À JOUR : les reporters de Variety ont pu confirmer qu’en France, Mulan ne sera pas mis à disposition sur Disney+ dès le 4 Septembre, moyennant un coût premium. À la place, les abonnés français pourront visionner le film gratuitement, mais à une date ultérieure et non spécifiée pour le moment.

Au début du mois d’Août 2020, The Walt Disney Company choque le monde entier en annonçant la sortie de Mulan sur Disney+ pour un tarif premium, à compter du 4 Septembre 2020. Mulan, l’un des grands espoirs pour les salles de cinéma en détresse après une interminable traversée du désert, provoquée par le COVID-19. Mulan, censé briser la glace et faire partie de ces blockbusters censer ramener les gens en salles, aux côtés de Tenet. Mulan qui, finalement, contourne la sacro-sainte fenêtre séparant la sortie traditionnelle en salles et l’accès du produit en vidéo physique, VOD et streaming. Mais comme de nombreuses personnes de l’industrie l’ont reconnu, il n’y a pas de mode d’emploi ni de manuel à suivre pour des circonstances aussi uniques.

La disponibilité du film sur Disney+ n’est pas sans astérisques. Loin d’être une simple mise à disposition pour les abonnés comme nous avons pu le voir avec Artemis Fowl, le cas de Mulan est une expérimentation unique en son genre. « Voyons-le davantage comme un essai, et non pas comme le précurseur d’un nouveau modèle de business cinématographique« , selon les mots de Bob Chapek lui-même, PDG du groupe The Walt Disney Company lors d’une visioconférence avec les investisseurs. Aujourd’hui, nous gagnons en visibilité sur les détails de l’offre premium qu’envisage Disney, et il se trouve que les termes varient en fonction du territoire.

Tout d’abord, la mise en ligne de Mulan sur Disney+ n’écrase pas totalement l’idée d’une sortie en salles : le film sera visionnable au cinéma dans les régions où Disney+ n’est pas accessible, si tant est que les salles locales soient ouvertes et en activité. Ensuite, l’accès à Mulan se fait en payant un tarif premium, afin de pouvoir en débloquer l’accès à volonté sur Disney+. Autrement dit, les gens curieux de découvrir le film doivent non seulement concéder à un abonnement sur la plateforme de streaming (6,99$ mensuels), mais aussi accepter de payer un ticket supplémentaire (29,99$) afin d’avoir le droit de le regarder – un accès qui devient dès lors illimité, toutefois. Dernière chose, lors de l’entretien avec les investisseurs durant le 4 Août 2020, le PDG Bob Chapek précise que si le tarif premium de Mulan est fixé à 29,99$ aux États-Unis, ce chiffre est amené à varier selon les régions du monde.

Liu Yifei - Mulan (Niki Caro, 2020, Walt Disney Pictures)

Désormais, nous pouvons déterminer que le prix moyen de Mulan, hors États-Unis, avoisine les 26$. Le Royaume-Uni fait face à un tarif de 19,99£ alors que nombreux sont les anglais qui s’attendaient à la somme de 23£ après l’annonce des trente dollars américains. L’Union Européenne peut accéder à Mulan pour 21.99€, la Nouvelle-Zélande pour 39.99$NZ et l’Australie pour 34.99$AUS. En suivant les taux de conversion, cela nous ramène à une somme gravitant autour de 26$USD (United States Dollars). Il est fort probable que l’Inde bénéficie d’une tarification sensiblement revue à la baisse, les échelles de prix pour l’accès à Disney+ y étant sensiblement différentes (un abonnement annuel premium sur Disney+ Hotstar en Inde coûtant environ 20$).

Sources : VarietyDeadline
Images Copyrights : Walt Disney Studios

COVID-19 : Près de 16 millions de comptes supplémentaires pour Netflix

Leader incontesté du domaine du streaming, Netflix profite du confinement du COVID-19 pour atteindre de nouveaux records et friser les 183 millions de clients.

Le premier quart fiscal de 2020 s’est avéré particulièrement lucratif pour le géant Netflix, étant donné qu’un nombre massif de gens aux quatre coins du monde sont confinés à domicile et se tournent en partie vers la vidéo et le streaming pour se divertir. Avec 15,8 millions de nouvelles inscriptions, cela fait dorénavant une somme avoisinant les 183 millions d’abonnés pour le groupe.

Les premières prévisions de Netflix partaient sur une croissance de 7 millions de comptes supplémentaires, mais c’était une analyse estimée sur une situation de COVID-19 antérieure au contexte actuel de pandémie et de restrictions de fréquentations sociales.

Loin de célébrer à tout-va la hausse des abonnements au profit de la compagnie, le PDG Reed Hastings a rédigé une note pleine d’inquiétudes à l’attention des actionnaires. Pour lui, ce gain exceptionnel de spectateurs est avant tout dû à une situation de crise sans précédent à l’échelle mondiale. Une crise qui provoque des problèmes financiers à toutes les échelles, avec les répercussions que cela implique sur les vies professionnelles et personnelles de chacun.

Bien que Netflix puisse constater une hausse temporaire en termes de visionnage et un accroissement de la base d’utilisateurs payants, ils s’attendent à une baisse prochaine de ces deux facteurs dès la fin du confinement – chose que Reed Hastings espère aussi tôt que possible. Pour le moment, les prévisions du groupe partent sur 7,5 millions de comptes supplémentaires pour le second quart fiscal 2020 (d’Avril à Juin) mais ces estimations s’avèrent plus théoriques que jamais, étant donné l’imprévisibilité de l’évolution de la situation.

Pour palier à la hausse significative d’inscriptions, le groupe a investi dans la création de 2 000 postes supplémentaires au service clientèle, ce dernier ayant subi un contre-coup sévère – mais temporaire – dans sa capacité à opérer à cause des règles de confinement à domicile.

Il convient de rappeler que la hausse importante des comptes de Netflix s’inscrit également dans le cadre d’une compétition plus féroce que jamais. Si les 183 millions d’abonnés font du groupe le leader incontesté du marché, le domaine du streaming voit dorénavant s’affronter une ribambelle de services tous plus affamés les uns que les autres.

D’un côté, Amazon Prime possède 150 millions d’abonnés – la quantité de gens utilisant le service Prime Video reste non-spécifiée par le géant du commerce. De l’autre côté, Quibi vient de lancer son streaming pour smartphones et a rassemblé 1,7 millions d’abonnés sur sa semaine de lancement. Entre les deux extrêmes, nous avons un affrontement opposant Disney+ et ses 50 millions d’utilisateurs, Apple TV+ et ses 33 millions de comptes (la grande majorité étant là grâce à l’offre des 12 mois gratuits), mais aussi Peacock avec sa base de 31,5 millions d’utilisateurs américains affiliés à Comcast, sans oublier HBO Max de WarnerMedia qui sera lancé le 27 Mai 2020.

Reed Hastings se montre bon joueur face à l’arrivée d’une telle compétition, estimant que la concurrence ne peut que faire grimper le niveau du streaming vers de nouvelles hauteurs de qualité. Il se montre tout particulièrement impressionné par Disney+ et ses performances actuelles, et a l’intention d’accroître son offre destinée au public enfant afin de rivaliser avec la plateforme de The Walt Disney Company.

J’ai été vraiment impressionné par le lancement de Disney+. Je n’ai jamais vu une telle démonstration d’un apprentissage + maîtrise d’un nouveau domaine.

Reed Hastings, PDG de Netflix

À l’heure actuelle, Netflix n’est que partiellement impacté par le COVID-19. Bien évidemment, le groupe est concerné par l’arrêt de la production cinématographique et télévisuelle hollywoodienne (avec quelques exceptions en Islande et en Corée du Sud). Mais l’essentiel du contenu à venir pour le second quart fiscal 2020 devrait atterrir sur la plateforme sans encombres (avec toutefois quelques retards au niveau des doublages sur certains projets). La production de contenus animés poursuit son cours depuis des installations à domicile (plus de 200 projets sont en cours de post-production). Le Directeur du contenu Netflix, Ted Sarandos, a souligné que la plupart des saisons télévisées de 2020 avaient achevé leur tournage et pouvaient poursuivre tranquillement leur post-production.

The Hollywood Reporter conclut l’article sur la balance financière de Netflix. Le groupe a passé des années à investir d’énormes quantités d’argent pour créer et apporter du nouveau contenu sur sa plateforme de streaming, mais c’est un afflux de dépenses qui l’a mené à un endettement de plus en plus significatif. L’interruption de la production hollywoodienne, couplée à l’augmentation nette du nombre d’abonnements (et donc de revenus réguliers), a tout de même permis au groupe de descendre d’une perte prévisionnelle de liquidités de 2,5 milliards par an à un déficit de 1 milliard. Les actions de Netflix ont notamment connu un bond de presque 32% depuis le début de l’année 2020.

Sources: The Hollywood ReporterDeadline
Images Copyrights: Netflix

Le service de streaming Peacock est sur le point de débarquer (aux États-Unis)

Le géant des télécoms Comcast et sa division NBCUniversal s’apprêtent à lancer dès aujourd’hui aux États-Unis un accès anticipé à leur future plateforme de streaming, Peacock : 15 000 heures de films et de séries, sans compter les populaires night shows.

La guerre des services de streaming vient de voir une nouvelle armée entrer sur le champ de bataille. Un terrain dont les hauteurs sont actuellement occupées par les divisions blindées de Netflix (167 millions d’abonnés, début 2020). Dans les plaines ensanglantées en contrebas s’affrontent les indénombrables légions d’Amazon Prime Video (150 millions d’abonnés à Amazon Prime, certes, mais aucune statistique sur les utilisateurs de Prime Video), mais aussi les régiments enrôlés de Apple TV+ (33 millions d’abonnés en Janvier 2020 – la majorité ayant accédé au service via 12 mois gratuits) et les phalanges imbrisables de Disney+ (50 millions d’abonnés, début Avril 2020), ces dernières ne cessant de gagner du terrain. Littéralement une bataille des cinq armées, pour ne pas mentionner le film de Peter Jackson, au milieu de laquelle se sont lancés les francs-tireurs de Quibi au cours du 9 Avril 2020, le service de streaming pour mobiles ayant tout de même rassemblé 1,7 millions d’intéressés pour sa première semaine.

À trois mois du lancement officiel de son service de streaming, Comcast met à disposition un accès anticipé à toute sa base d’utilisateurs américains (environ 31,5 millions). Le nom même de « Peacock » a été choisi en raison du logo de paon (peacock en anglais) qui identifie le géant des télécoms. Le catalogue préliminaire sera déjà massif, alternant des programmes actuels, des titres classiques et des accès anticipés aux night shows tenus par Jimmy Fallon et Seth Meyers. Les abonnés pourront également retrouver des comédies NBC telles que 30 Rock, Parks and Recreation ainsi que Saturday Night Live, sans oublier bien évidemment le catalogue cinématographique de Universal Pictures, qui regroupe (parmi de nombreux classiques live ou animés) les sagas Jurassic Park, Back to the Future / Retour vers le futur, mais aussi Fast and Furious ou encore Jason Bourne.

Le service de streaming Peacock possède différents tarifs basés sur son modèle de financement publicitaire

Soutenu par un système de publicités, Peacock sera disponible sans coût pour tous ceux abonnés à Xfinity X1, une interface dédiée aux téléviseurs de salon permettant d’accéder facilement aux contenus vidéo ou audio, avec options d’enregistrement et de visionnage en différé (entre autres). Peacock sera également livré aux utilisateurs de Xfinity Flex, un service qui rassemble tout le streaming en provenance d’autres plateformes partenaires telles que Netflix, HBO, Showtime, etc.

À compter du 15 Juillet 2020, Peacock sera accessible via les smartphones, l’internet et les téléviseurs connectés, ainsi que les utilisateurs abonnés à Cox Communications. En ce qui concerne les tarifs, ils vont tourner autour du fonctionnement monétaire de Peacock, lequel, rappelons-le, se base sur un système publicitaire. La grille de tarifs est donc (légèrement) plus complexe que celles de la concurrence.

  • 5$ : Peacock Premium SANS pubs (abonnés Comcast ou Cox Coms’)
  • 9,99$ : Peacock Premium SANS pubs (non-abonnés)
  • 4,99$ : Peacock Premium AVEC pubs (non-abonnés)
  • 0,00$ : Peacock Free AVEC pubs et seulement environ la moitié du catalogue total de Peacock Premium

L’acccès anticipé à Peacock commence dès maintenant et sera disponible à l’intégralité de la base d’abonnés Comcast (31,5 millions d’américains) d’ici la fin du mois d’Avril 2020. Les inscrits au tout nouveau service de streaming devront toutefois attendre le lancement officiel du 15 Juillet pour bénéficier de quelques contenus inédits. Cela inclut à priori la série de science-fiction dramatique Brave New World, le film Psych 2 : Lassie Come Home, mais aussi les reboots des sitcoms Punky Brewster et Saved by the Bell. Tout n’est pas garanti, mais Matt Strauss, directeur de Peacock et NBCUniversal Digital Enterprises, s’est annoncé particulièrement confiant dans sa capacité à finaliser le contenu pour pouvoir le présenter en temps et en heure.

Hélas, Matt Strauss a annoncé qu’un nombre significatif de productions exclusives à Peacock seraient retardées jusqu’en 2021, dû bien évidemment à la pandémie du COVID-19 qui paralyse toute la production cinématographique et télévisuelle. L’année 2021 sera aussi l’occasion pour certaines séries-stars comme The Office de quitter le giron de Netflix pour revenir au sein de leur maison-propriétaire. Si le lancement anticipé de Peacock sonne comme une manoeuvre opportuniste pour profiter du confinement généralisé et rassembler le plus de spectateurs possibles, l’an prochain se profile comme un pic de fréquentation aux yeux des têtes pensantes de Comcast et NBCUniversal.

Avec le retour de « The Office », ainsi que le début de notre catalogue de contenus originaux début 2021, suivis par les Jeux Olympiques l’été suivant – Peacock sera instoppable.

Jeff Shell, PDG de NBCUniversal

Pour Jeff Shell et Matt Strauss, le parcours de Peacock est pensé comme un marathon et non comme un sprint. Le service de streaming n’atteindra son plein potentiel qu’en 2021, cette année-ci servant plutôt de rampe de lancement en pleine période de confinement. Selon une étude de Nielsen Holdings, la dernière semaine du mois de Mars a vu 181 milliards de minutes en streaming consommées par le public américain par rapport aux 70 milliards, sur la même semaine de l’année dernière. Et en ce qui concerne spécifiquement Comcast, le secteur de vidéo à la demande a grimpé de 50% par rapport à l’an passé.

Comme le relèvent judicieusement les journalistes de The Hollywood Reporter, il s’agit de déterminer de quoi l’avenir sera fait au niveau des budgets des consommateurs. Premièrement, il y a déjà beaucoup de concurrents dans l’arène et tous les contenus sont divisés entre plusieurs plateformes qui ne veulent plus partager quoi que ce soit. Ces concurrents, non contents de se battre contre le nouveau-venu Peacock, devront aussi faire face à WarnerMedia et son service HBO Max au début du mois de Mai 2020. Deuxièmement, la période de récession qui s’annonce dans le monde suite à la pandémie de COVID-19 limitera encore plus le budget moyen des consommateurs, en tout cas une portion non-négligeable d’entre eux.

Par conséquent, l’offre de Peacock à base de financement publicitaire pourrait faire une grosse différence, en dépit du fait que Comcast arrive un peu tard dans la bataille. Avec un service de base (environ la moitié du catalogue total) pour zéro dollars et un service complet pour 5 dollars, Comcast propose ici une offre particulièrement inédite et intéressante aux yeux d’une population qui va voir son budget de plus en plus tiraillé par moult offres commerciales. Certes, ces deux offres au coût modique inclueront de la publicité en contrepartie, mais les clauses ne mentionnent que 5 minutes par heure et c’est une contrepartie à laquelle les téléspectateurs du monde entier sont accoutumés depuis des décennies. Par comparaison, Disney+ coûte 7$ (pour l’instant), Netflix coûte entre 9$ et 16$, HBO Max sera tarifé à 15$.

Un des autres problèmes auxquels est confronté Peacock concerne sa visibilité. Le grand public est-il au courant de son existence ? Tout le monde connaît Netflix, difficile d’ignorer l’arrivée de Disney+ au sein des familles, et le titanesque marché hors-streaming d’Apple et Amazon joue en leur faveur. Alors qu’il entame à peine son lancement, Peacock est autre chose. Selon un sondage organisé entre The Hollywood Reporter et Morning Consult, sur un échantillon représentatif de 2 000 adultes, seulement 17% d’entre eux avaient entendu parler de Peacock, par rapport aux 24% conscients de l’existence du futur HBO Max de WarnerMedia.

En l’état actuel des choses, la pandémie de COVID-19 a affecté les plans de lancement de Peacock. Outre la paralysie des tournages de films, de séries et de programmes télévisés, non seulement le report des Jeux Olympiques leur a fait perdre un outil promotionnel majeur, mais les consignes de télé-travail ont également engendré du retard sur le développement du service de streaming lui-même. Si des lancements précoces ont été étudiés au sein de Comcast et NBCUniversal, le directeur Matt Strauss s’en tient au 15 Juillet 2020 comme date-cible, face aux complications mondiales.

Sources: The Hollywood ReporterVariety
Images Copyrights: Comcast – NBCUniversal

COVID-19 : Disney voit son crédit augmenter de 5 milliards de dollars

En grand danger face à la crise du COVID-19, The Walt Disney Company a dorénavant accès à plus de 13 milliards de dollars de crédit en cas de besoin.

Beaucoup de groupes que l’on serait tenté de croire indestructibles se voient plus que jamais remis en question face à une pandémie qui paralyse une grande partie du globe. Les trois divisions principales de The Walt Disney Company s’avèrent figées. La première est celle des parcs à thèmes & produits de consommation (45% des 14,87 milliards de revenus pour Disney en 2019), la seconde est celle de la télévision, et la troisième est celle du cinéma. Les parcs à thème comme les salles de cinéma sont fermés à travers le monde, et les consignes de confinement interdisent toute production (cinématographique ou télévisuelle) ainsi que toute manifestation culturelle et sportive.

Selon l’analyste Hal Vogel, le groupe perd actuellement 30 millions de dollars par jour. Une situation financière intenable qui mène le conseil d’administration à congédier des dizaines de milliers de salariés aux États-Unis ou encore à procéder à des coupes salariales (Bob Iger renonçant à l’intégralité de son salaire en temps de pandémie, et le nouveau PDG Bob Chapek ne gagnant que 50% du montant de son poste). Une situation financière qui amène aussi le groupe à conclure des accords financiers d’extrêmes mesures.

C’est au cours d’un entretien, le Lundi 13 Avril, avec le SEC américain (Securities and Exchange Commission) que le groupe a signé avec Citibank un contrat lui accordant pendant une durée de 364 jours un crédit de type « revolving » pouvant grimper jusqu’à 5 milliards de dollars. Cet accord prendra fin au 9 Avril 2021 mais pourra être renouvelé d’un an, avec le consentement de l’organisme fournisseur.

Il s’agit du troisième contrat de crédit d’argent établi par The Walt Disney Company. Le mois dernier, au 6 Mars, le groupe avait signé un premier accord de crédit, à hauteur de 5,25 milliards pour une durée de 364 jours, puis un second accord de 3 milliards de crédit pour une durée de 5 ans (NdA : les sources de Variety précisent en revanche que le second accord prend lui aussi fin le 5 Mars 2021). Cela dépasse donc les 13 milliards de crédit pour le compte de Disney, à l’heure actuelle.

Disney a une quantité significative de liquidités pour les aider à passer cette crise.

Neil Begley, Senior Vice-President, Moodys

Avec la performance exceptionnelle du service de streaming Disney+ comme seule bonne nouvelle au sein d’un océan de problèmes logistiques, financiers et humains, The Walt Disney Company cherche à augmenter ses liquidités, quitte à augmenter les dettes de manière inquiétante, afin de pouvoir redevenir opérationnel dès que possible.

Sources: The Hollywood ReporterVarietyDeadline
Images Copyrights: The Walt Disney Company – WikiMedia Commons (Jrobertiko)

COVID-19 : Bob Iger officieusement de retour à la tête de The Walt Disney Company

Dans une période où l’empire de Disney est plus incertain que jamais, celui qui avait quitté son poste de PDG après 15 ans de direction audacieuse et pleine de succès doit maintenant revenir pour mener une lutte désespérée.

Dans un long article publié le Dimanche 12 Avril 2020, les reporters du New York Times ont pu bénéficier de quelques confidences de la part de leurs sources au sein de The Walt Disney Company. Il semblerait qu’à l’heure actuelle, Bob Iger soit de retour aux commandes de manière informelle. Bien entendu, aucun changement de poste n’a été officialisé, la transition entre Iger et son remplaçant étant une décision définitive du conseil d’administration.

L’ancien PDG est donc officieusement de retour, quelques semaines après avoir publiquement laissé sa place à Bob Chapek, l’homme qui était alors à la direction des parcs à thème de l’entreprise. La nouvelle du départ de Bob Iger avait choqué le monde des médias, le 25 Février, mais il s’agissait d’une transition effectuée avant même d’avoir été annoncée, le tout dans un geste stratégique visant à minimiser l’impact que cela générerait au niveau de la presse et des actions en Bourse.

Bob Iger n’était pas seulement le PDG d’un des groupes de divertissement les plus importants au monde, il était aussi le capitaine reconnu (autant mondialement qu’en interne) d’un navire ayant récolté succès après succès, durant quinze années de règne. Non seulement Bob Iger était l’architecte derrière l’acquisition de Pixar, Marvel, Lucasfilm ou dernièrement le catalogue de la Fox, mais ses décisions ont également mené Disney à atteindre le record inégalé de sept films milliardaires au box-office en 2019. Son dernier fait d’armes: avoir lancé le service de streaming Disney+, dorénavant fort de 50 millions d’abonnés payants en l’espace de cinq mois. Tout cela sans compter la popularité de l’homme, avec physique avantageux et sourire sans effort de tous les instants, ainsi qu’une attitude décontractée auprès de tous, qu’il s’agisse des plus grands du business comme des employés au sein des parcs.

Une crise de cette ampleur, et son impact sur Disney, nécessite inévitablement mon aide auprès de Bob [Chapek] et du groupe pour y faire face, surtout en partant du fait que j’ai dirigé la compagnie pendant 15 ans !

Bob Iger, ancien PDG de The Walt Disney Company

Son départ n’a jamais été envisagé à la base comme une réponse à l’épidémie de COVID-19. Il semblerait que Bob Iger ait déjà repoussé son départ pas moins de quatre fois depuis 2013, tellement l’évolution de The Walt Disney Company se portait pour le mieux au sein de sa direction. De même, il avait annoncé être prêt à partir du groupe vers le début du mois de Décembre, à une période où le COVID-19 n’avait même pas encore été identifié à Wuhan, en Chine. Et c’est en dépit des premiers signes nets d’aggravation pour l’empire Disney (la fermeture du parc à thèmes de Shanghai vers la fin du mois de Janvier 2020) que le conseil d’administration a décidé de poursuivre comme prévu et de procéder à la passation de pouvoir entre Bob Iger et Bob Chapek, d’abord discrètement en interne, avant d’officialiser la nouvelle, le 25 Février.

Bob Chapek, nouveau PDG de The Walt Disney Company après Bob Iger, était jadis à la direction des parcs à thème pour le groupe

Bob Chapek, nouveau PDG de The Walt Disney Company

Aujourd’hui, la situation est critique pour de nombreux groupes et corps de métier dans le monde entier. Elle l’est peut-être encore plus pour Disney, dont la puissance financière repose en grande partie sur la proximité des gens, qu’il s’agisse des parcs à thème, de la production régulière de contenu télévisé ou des productions cinématographiques au potentiel milliardaire. Maintenant que les parcs Disneyland et les salles de cinéma sont fermés de part et d’autre, et que la production télévisée est à l’arrêt, The Walt Disney Company se bat pour sa survie. En ces temps incertains, le retour de Bob Iger aux commandes, fût-il informel, tient d’une certaine logique. Tous feront confiance à une figure de leadership aussi estimée que respectée, afin de diriger le navire vers un horizon plus clair, indépendamment des compétences du nouveau PDG, Bob Chapek.

C’est une grande chance qu’il ne soit pas juste * parti * tout court. Nous sommes dans une période où les gens cherchent avant tout un exemple de direction ayant prouvé son efficacité durant un long moment – et Bob Iger en est l’exemple même.

Richard Plepler, ancien directeur de HBO

L’un des rares rayons de soleil à percer ce ciel bien noir tient au succès de Disney+. Lancé le 12 Novembre 2019 aux États-Unis, au Canada et aux Pays-Bas, puis mis à disposition sur davantage de territoires durant les semaines et mois qui ont suivi, le service de streaming est maintenant doté de 50 millions d’abonnés payants, cinq mois après ses débuts. À titre de comparaison, le leader du marché Netflix a amassé 167 millions de clients au bout de dix ans d’activité.

Il s’agit là d’une performance qui dépasse toutes les espérances du groupe, des investisseurs et des analystes de Wall Street – des espérances qui tablaient plutôt sur une fenêtre entre 60 et 90 millions d’abonnés d’ici 2024. Nous voici au début de l’année 2020 et cette fenêtre est sur le point d’être atteinte, alors que Disney+ n’a même pas encore été rendu disponible dans tous les pays du monde. À l’heure actuelle, une partie de l’Europe attend encore le service de streaming pour l’été : le Portugal, la Belgique et les pays nordiques européens. Le reste de l’année 2020 prévoit le reste du monde, à savoir une partie de l’Asie, du Pacifique et de l’Amérique latine. Au final, The Walt Disney Company devrait rendre Disney+ disponible dans le monde entier d’ici 2021.

Pour autant, aussi brillant soit ce succès, Disney+ est un investissement qui demande encore à être rentabilisé, à l’instar de la somme gargantuesque dépensée pour acquérir les droits du catalogue cinématographique et télévisuel de la Fox, une somme à hauteur de 71,3 milliards de dollars. Dans l’état actuel du contexte du COVID-19, les estimations de l’analyste Hal Vogel partent sur une perte de 30 millions de dollars par jour dans les comptes de Disney. Une crise telle que le groupe a réalisé un emprunt de 6 milliards à la fin du mois de Mars – un geste que l’équipe du New York Times décrit comme un acte de détresse autant que de confiance de la part du conseil dirigeant envers la capacité du groupe à rebondir et à rembourser ses dettes à l’avenir.

Actuellement, The Walt Disney Company procède à des coupes drastiques, autant au niveau des budgets de développement qu’au niveau des salaires ou des corps de métiers. 223 000 employés travaillaient pour le compte du groupe durant l’été dernier. Ce nombre est en train d’être sévèrement réduit, alors que Bob Chapek a annoncé devoir congédier des dizaines de milliers de salariés. Le président de Workers United Local 50, Chris Duarte, a reporté qu’environ 30 000 postes avaient été supprimés en Californie, et 43 000 seront également supprimés en Floride (200 considérés comme « essentiels » resteront en poste). Tous les employés conserveront leurs bénéfices mais leur dernier chèque leur sera envoyé au 19 Avril 2020.

Selon les sources du New York Times, Bob Iger est actuellement en train de planifier l’évolution du groupe et son devenir après la crise du COVID-19, notamment au niveau des changements qui pourraient potentiellement devenir permanents. L’idée n’est pas seulement de parvenir à faire revenir les gens dans les parcs à thèmes, avec bien évidemment des adaptations en termes de sécurité, mais aussi de faire le bilan sur l’état du business sur une échelle plus large.

Bob Iger a confié à ses associés qu’il prévoyait un changement inéluctable sur certaines pratiques datées au sein de l’industrie. L’ère des promotions et campagnes marketing coûteuses (car très précoces, entre autres) pourrait bien toucher à sa fin, de même que cette tendance générale à financer moult projets & pilotes en étant pourtant conscients que la majorité ne se verra pas concrétisée. Pour le meilleur comme pour le pire, la pandémie du COVID-19 pourrait faire revenir Hollywood vers une attitude financière plus raisonnable. Reste à savoir quel sera l’état de Hollywood après la levée progressive des confinements, mais aussi l’état des exploitants de salles (le plus grand propriétaire de salles, AMC Theatres, risquant actuellement la faillite) et plus spécifiquement l’état de The Walt Disney Company. Bob Iger était sur le point de partir en retraite après avoir atteint le sommet de sa carrière, nul ne pourrait dire s’il aura à nouveau cette occasion.

Sources: The New York TimesThe Wrap
Images Copyrights: The Walt Disney Company